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Charge mentale invisible après bébé

  • Photo du rédacteur: Coline D'Inca
    Coline D'Inca
  • 22 janv.
  • 4 min de lecture

L’arrivée d’un bébé dans une maison est tellement merveilleuse qu’elle illumine ses habitants. Au point parfois de laisser dans l’ombre tout un pan de la réalité, que personne ne voit pendant un moment avant de refaire surface. En effet, plusieurs mois après une naissance, beaucoup de parents sentent que quelque chose a changé dans la façon même de porter le quotidien. Un déséquilibre, une charge physique et mentale qui s’est invitée à la maison en même temps que la responsabilité de ce petit être. 


Maison très lumineuse représentant le changement et la transformation personnelle à travers l’habitat

Et cette charge supplémentaire n’apparaît pas soudainement, sinon on verrait le changement arriver, elle s’installe à bas bruit dès les premières semaines. Les chiffres confirment ce que le vécu raconte encore mieux.


Selon l’INSEE, après l’arrivée d’un enfant, les femmes réalisent environ 65 à 70 % du travail domestique et parental, y compris dans les couples où les deux parents travaillent à temps plein. Et ce déséquilibre augmente avec le nombre d’enfants, dépassant les 3h40 de tâches ménagères quotidiennes pour les femmes contre à peine 2h pour les hommes. Ce n’est pas uniquement une question de temps passé à s’occuper de ces tâches domestiques, c’est aussi une question de responsabilité mentale. Ce qui rajoute un poids cognitif et du stress à une situation déjà pénible. 


Très souvent, les mères deviennent celles qui :

  • savent ce qu’il y a dans le frigo,

  • anticipent les rendez-vous médicaux (vaccins, contrôles, urgences)

  • pensent aux vêtements adaptés à la saison

  • ajustent l’organisation familiale en fonction des imprévus, etc. 


Même lorsque les tâches sont dites “partagées”, la coordination, elle, ne l’est pas toujours. Cette spécialisation ne vient pas forcément d’un manque d’implication de l’autre parent. Elle se construit progressivement : par automatisme, par habitude et par fatigue aussi. Et parfois aussi, parce que faire seule va plus vite, et qu’au moins, c’est fait. Hélas souvent, au prix de l’épuisement.


« Tu n’avais qu’à demander » : une petite phrase lourde de sens


C’est une phrase fréquente dans les jeunes foyers. Souvent dite sans mauvaise intention, bien entendu, mais qui pose soucis. Mais demander, c’est déjà avoir vu le problème. C’est déjà avoir anticipé le besoin. C’est déjà porter la charge mentale de ce qui doit être fait. Quand l’un attend qu’on lui dise quoi faire, et que l’autre doit penser à tout, le partage est déséquilibré même si les actions semblent équitables sur le terrain. Ce décalage crée une injustice difficile à formuler.


Comment expliquer que le problème ne soit pas ce qui est fait, mais le fait de devoir y penser en permanence ?

C’est souvent là que naissent les tensions, plus que la répartition visible des tâches. C’est pourquoi la qualité de l’échange, pour faire front ensemble à ces difficultés, est essentielle au sein du couple.


Partager autrement que par la bonne volonté


Beaucoup d’homme s’appuient sur la bonne volonté. Sur l’idée que « si ça ne va pas, on fera plus ou on déléguera, on paiera quelqu’un ». Mais la charge mentale ne se résout pas par l’effort individuel. Elle se régule par l’organisation collective du système.


Partager mieux et autrement, c’est par exemple :

  • ne pas seulement se répartir les tâches, mais aussi leur anticipation

  • décider ensemble de ce qui est prioritaire… et de ce qui peut attendre

  • réduire le nombre de décisions quotidiennes inutiles pour se faciliter la vie


Dans le quotidien, cela peut vouloir dire :

  • une personne gère entièrement le linge, de A à Z, sans supervision

  • l’autre prend en charge les repas sur une période donnée, y compris la planification, les courses et la préparation

  • certaines routines sont volontairement simplifiées, quitte à être “moins parfaites”


Ce qui soulage le plus, ce n’est pas que tout soit fait à la perfection, ou « comme avant ». C’est que tout ne repose pas sur les épaules d’une seule personne. Car très souvent, cette énergie mobilisée en continu est autant de temps en moins pour : voir ses amies, lire, faire du sport, se reposer ou simplement se retrouver soi-même.


Ce que la charge mentale dit du post-partum


La charge mentale n’est ni une fragilité, ni un manque d’organisation personnelle ou de compétences. C’est un signal d’alerte. Elle dit que le quotidien est devenu trop complexe pour une seule personne. Elle dit que l’organisation héritée d’avant l’arrivée du bébé au sein du foyer n’étant plus adaptée, un ajustement s’avère nécessaire.


Les études en sociologie de la famille montrent que la naissance d’un enfant est l’une des périodes les plus sensibles pour le couple, en particulier lorsque les inégalités domestiques sont fortes et durables.


Ignorer cette charge, c’est prendre le risque qu’elle se transforme en épuisement, puis en éloignement relationnel, dont les conséquences peuvent être irréversibles. 

Par contre la reconnaître, en parler, c’est déjà commencer à l’alléger.


Et si, au lieu de tenir, on ajustait ?


Beaucoup de jeunes parents passent des mois à “tenir” (tenir le rythme famille/boulot, tenir la maison propre et rangée, tenir pour les autres). Mais il est souvent plus aidant de réajuster, plutôt que de s’épuiser à maintenir un fonctionnement qui ne correspond plus à la réalité.


Ajuster, ce n’est pas tout changer. Ça commence par accepter que certaines choses soient faites autrement, revoir les priorités du quotidien et adapter l’organisation de la maison à l’énergie réellement disponible. Un bébé c’est beaucoup d’amour mais aussi tellement de temps à dédier à son bien-être ! Surtout dans notre société où nous voulons faire au mieux, conscients de l’importance des 1000 premiers jours. 


Chez Beaux Jours Maison, nous accompagnons les jeunes parents pour mettre des mots sur cette charge mentale, puis pour transformer concrètement l’organisation du foyer sans jugement, sans injonction, et toujours à partir du vécu réel.


Le bilan d’accompagnement  permet souvent ce premier pas : prendre du recul, comprendre ce qui pèse, et alléger ce qui peut l’être.


Puis l'aide au rangement à domicile, pensée pour la vie de famille, permet souvent de créer ces conditions concrètes : alléger les espaces, rendre l’organisation accessible à tous et transmettre autrement que par la contrainte.


Sources


INSEE – Femmes et hommes, l’égalité en question (éditions 2020–2024)

INSEE / DARES – Enquête Emploi du temps

DREES – La santé des mères après une naissance

Inserm / Cairn – Travaux sur charge mentale et parentalité

Sociologie de la famille (Pailhé & Solaz, Régnier-Loilier)

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